De ce monde de quiétude subitement tout s’éteignit.
Un nuage passa sur le soleil et la terre toute entière s’assombrit.
La marée grandissante fit écho à la tornade.
Des vagues comme des cathédrales se mirent à tournoyer dans l’obscurité.
La danse macabre des mers,
qui viennent lécher les citées ahuries,
rivalise en hauteur les montagnes et les cieux,
en dureté le granit et les dieux.
Une nuit de détresse qui dura une décade.
Un assourdissement de cris et de terreurs.
Les muscles lâchent.
Les tendons s'affaissent.
Un à un tout trépasse. Rien ne semble présager une fin à cette horreur.
Rage. Fureur. Soif de pluie.
Souffles courts.
Rétines immenses.
Noyers dans les cimes.
Et puis soudain la plus haute des hautes vagues suspend sa course.
Une seconde frémissante. Et tout se figea.
Et la mer en granit se transforma.

De bourrasque en tempête, le sable s'était marbré. L’écume s'était figée.
Aucun végétal, aucun animal, pas même le vent jouant du sable entre les rochers ;
rien n’émettaient la moindre vibration sonore qui déferaient cette harmonie morbide.
Un instant suspendu dans l'éternité, le souffle retenu.
Tout s'effaçait : la nuit s'était faite.
Une nuit glaciale où tous les cauchemars enfouis remontaient des puits.
Et puis un grand rire triste; une bête fauve.
Un rire opaque dans des cadres d’agonies :
L'Angoisse naquit.


.....
Les amarins, 2008

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